Bustos par Angel Pantoja

Cette fois, c’est la bonne ! Programmée en mars 2020, au début de la pandémie de Covid-19, avant d’être repoussée en 2021 puis d’être à nouveau annulée, l’exposition tant attendue de l’artiste espagnol Ángel Pantoja et de ses Bustos avaient tout du coup de malchance, qui se répète inlassablement. Sauf que la Maison Arc-en-Ciel de Liège y a cru dur comme fer, à tel point que nous sommes désormais bien prêt.e.s à accueillir ces œuvres époustouflantes prochainement, du 03 juin au 16 juillet. Il faut dire que les créations de l’artiste cochent toutes les cases de ce que l’on peut être en mesure d’attendre sur les murs de la Maison : un travail d’orfèvre de grande qualité, une volonté de démystifier les grandes idées binaires inculquées depuis la nuit de temps et une réflexion sur le genre et les identités particulièrement actuelle et novatrice. Il n’en fallait pas plus pour que nous tombions nous aussi amoureux.se.s de ces bustes d’un genre nouveau.
Ce ne sera pas la première fois que l’image d’une sculpture ne laisse pas le spectateur indifférent quant à la définition du genre. La belle sculpture d’Hermaphrodite, endormie au musée du Louvre, révèle déjà l’intérêt de l’Antiquité pour la représentation artistique de l’être ambigu, dans toute sa splendeur.
Á la première approche, on pourrait percevoir un sentiment de provocation dans la proposition originale d’Ángel Pantoja. Retourner l’iconographie classique des bustes grecs et romains en leur offrant une nouvelle lecture, où le genre est reconstruit et reconfiguré, peut apparaître comme un manque de respect pour l’Antiquité et ses célèbres bustes d’empereurs, de philosophes et de gouverneurs, inscrits dans du marbre, figés avec des expressions sérieuses voire apathiques. On pourrait aussi penser que ces œuvres sont une parodie ou un détournement de la réalité. Rien de tout ça n’est à l’oeuvre dans ces « Bustos ». Il n’y a pas de moquerie ou de parodie.

Ce que révèle le travail artistique d’Ángel Pantoja est plutôt à chercher du côté de la fin du binarisme de genre, la dissolution définitive de ce cadre de référence rigide pour les sexes qui a été une division binaire, pensant que les vies, les corps et les sexualités sont divisés inévitablement en deux. Depuis toujours, l’artiste espagnol a développé son travail autour de la déconstruction des images par l’infographie, leur conférant ainsi une nouvelle sensibilité et une nouvelle identité.Il conçoit ainsi ses œuvres comme des collages, basés sur la sélection et le réarrangement d’images d’origines différentes. Ce sens de la construction à partir de fragments d’autres images l’accompagne depuis, ayant évolué dans son exécution à mesure que la technologie a également évolué, ce qui a élargi les possibilités expressives et créatives de l’artiste.

Certains bustes rappellent des visages célèbres, comme la Vénus d’Arles (1er siècle avant Jésus-Christ), la sérénité de l’expression élèvant l’individu représenté à une moralité supérieure, dans la sphère de la divinité. Cependant, les visages appartiennent à des tendances différentes au sein de la coupe classique et baroque, puisque leur utilisation relève plus d’un « jeu » de combinaisons que d’une allusion aux différents styles de portrait. On verra par exemple l’association de visages masculins chargés de réalisme – typiques du portrait romain à l’époque républicaine – avec des vêtements féminins ou des torses bombés portés par une figure féminine, voire encore des portraits de la cour impériale, avec un détail inhabituel : celui que la personne honorée ressemble à une femme.
L’audace de choisir des idoles masculines contraste avec des traits ou une coiffure féminine. Les spectateurs et les spectatrices s’interrogent alors : mais que se passe-t-il ? Pourquoi ces visages nous déconcertent-ils ? Peut-être parce que la douceur, habituellement associée au féminin, n’est pas compatible avec le courage, la force morale et l’héroïsme, vertus souvent affiliées au genre masculin. Ou du moins, c’est ce que nous en dit la tradition. Avec Bustos, Ángel Pantoja élève les figures marginalisées et démystifie l’image de l’intouchable, du convenable, du divin et de la fausse éthique du pouvoir.

Les visages originaux subissent ainsi un processus de dépersonnalisation absolue. L’identité ne correspond plus à un sujet, elle ne représente même plus aucun groupe ; ces visages sont l’image du tabou. Il y a, dans cette série, l’indéniable intention de rire, l’humour qui s’y montre parfois de manière décomplexée défie tout regard qui se pose sur eux avec une idée préconçue. Ángel Pantoja canalise l’utilisation du rire comme moyen de résistance : aucune moquerie ou humiliation ne peut anéantir ce qui est différent, tout au plus peut-elle le transformer, le renforcer et même le transformer en quelque chose de plus beau. L’humour servira donc de catalyseur à toutes les tensions générées lorsque l’on parle de genre.

■ par Javier Sáez
Activiste et sociologue queer – Catalogue de l’exposition Bustos

Bustos d’Ángel Pantoja – Du 03 juin au 16 juillet 2022 à la Maison Arc-en-Ciel de Liège. Vernissage le vendredi 03 juin 2022, dès 18h00.

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