En septembre dernier, nous avions pu rencontrer Pavel, attachant ours liégeois, qui se présentait pour la première fois au concours Mr Bear Belgium. Entre l’excitation du moment et la crainte d’oser un peu de diversité au sein de la communauté bear, il espérait surtout pouvoir convaincre le public pour défendre ses projets, basés sur l’entraide et la solidarité. Quelques mois plus tard, le revoici avec un titre en poche, mais aussi la ferme intention de concrétiser ses idées. Préparez-vous à voir déferler tout prochainement une armée de Carebears sur vos événements préférés, dans l’optique de vous écouter, de vous aider et de vous rassurer, rendant ainsi nos espaces communautaires plus safe, plus ouvert et plus inclusif pour l’ensemble de notre communauté.
Pavel, la dernière fois que nous t’avions rencontré, c’était il y a deux mois, avant l’élection de Mr Bear Belgium. Depuis, pas mal de choses ont changé et tu nous reviens aujourd’hui avec ce titre : celui de Mr. Bear Belgium 2026. Comment vas-tu, Pavel ?
Pavel : Hé bien, je vais plutôt bien ! (rires). Même si je dois avouer que depuis début octobre, ma vie a un peu changé. Au-delà du titre et de cette écharpe de Mr Bear Belgium, j’ai surtout été rassuré de voir que la communauté bear était prête à recevoir mon message. Pendant toute la campagne, j’ai défendu un engagement envers les personnes queer, les personnes trans et l’inclusion du TQIA+ au sein de la communauté bear. C’est un propos qui, à première vue, peut être compliqué à entendre et à assimiler pour une partie de la communauté gay cis. Là, de me tenir sur scène avec ce message « No LGB without TQIA+ » avec, à mes côtés, des personnes non-binaires, face à un public majoritairement composé d’hommes cis gay qui acclament le message et qui votent ensuite massivement pour moi, m’a rassuré sur tout le soutien que je pouvais avoir autour de mon propos et de mon projet. Bien sûr, c’est quelque chose qui me faisait peur au départ. J’avais eu des réactions et des conversations qui m’avaient beaucoup questionné. Finalement, je suis reparti de cette soirée avec ce soulagement et cette motivation à porter des projets et à diffuser ce message-là, pour qu’il soit le plus entendu possible.
Tu nous avais déjà pitché le projet de Carebears lors de notre précédente interview. Peux-tu nous en redire quelques mots ?
P. : C’est un projet qui est né pendant la campagne. J’en ai parlé beaucoup autour de moi avant qu’il ne se développe par le contact et les échanges que j’ai pu avoir. Je vois vraiment les Carebears comme un collectif d’ours formés et volontaires qui viennent en aide et en soutien aux populations LGBTQIA+ qui sont dans le besoin. Ça peut être des collectifs, des associations, mais aussi des individus isolé·es. Rejoindre les Carebears ne nécessite pas d’aptitude ou d’expertise particulière. J’insiste sur le fait que ce sont des personnes qui ne vont ni faire la police, ni tenir le rôle d’assistants sociaux. Mais je vois plutôt ça comme une aide volontaire à fournir un coup de main logistique dans le cadre de certains événements, à aller tenir compagnie à des personnes isolées en maison de repos ou à apporter leur aide au sein d’un camp de vacances pour enfants trans, par exemple. L’idée, c’est de mettre en place un contexte dans lequel peuvent se rencontrer des personnes volontaires et des cercles qui ont besoin d’une aide. On le sait tous·tes ici : porter une association et des causes engagées, c’est déjà un travail de longue haleine. Le travail logistique lié à l’organisation d’événements est aussi une charge en soi, qui peut être parfois aussi ardue que de porter le message. Derrière ce projet, il y a surtout cette volonté de rétablir des solidarités concrètes entre les personnes de la communauté LGBTQIA+.
Comment envisages-tu la formation de ce groupe de Carebears ?
P. : Je vois vraiment les Carebears comme un projet engagé et collectif. En tant que Mr Bear, j’ai cette envie de replacer la collectivité au centre de mes préoccupations. Pendant toute la campagne Mr Bear Belgium 2026, j’ai pu voir avec quelle force on pouvait faire avancer nos projets par le prisme de la solidarité. Il y a le projet Carebears bien sûr, mais il y a aussi les projets de mes dauphins qui gravitent autour. Je pense à Diogo par exemple, qui collecte des fonds pour un centre LGBTQIA+ au Brésil. Il y a Josh aussi, mon deuxième dauphin, qui s’interroge sur la question du chemsex dans les différents espaces de fête. Puis il y a aussi celui de Miss Bear, Yasmina Moon, qui travaille autour des discriminations raciales dans le milieu LGBTQIA+. J’ai envie de prouver qu’on peut porter des projets concrets et efficaces ensemble. Je vois mon rôle de Mr Bear Belgium comme le capitaine d’une équipe, celui qui doit mener tous ces projets à bon port.
Concrètement, comment comptes-tu organiser le recrutement ?
P. : La première étape, c’est de susciter de l’intérêt et de recruter des gens pour participer à sa réflexion. Je profite d’ailleurs de cette interview pour lancer officiellement la campagne de recrutement, qui va se décliner en papier, mais aussi en ligne, avant que plusieurs événements ne soient organisés pour parler du projet et pour l’affiner. J’ai déjà des contacts à Liège bien sûr, mais aussi en Flandre ou à Bruxelles. L’idée, c’est de construire le projet pendant trois mois pour ensuite pouvoir proposer le premier week-end de formation au mois d’avril. Je travaille avec le collectif À nous la nuit, qui utilise déjà cette notion de care dans les soirées festives. L’idée serait d’être opérationnel et déployer les Carebears à partir du mois de mai 2026. La finalité de cette campagne, ce n’est pas de faire 200 événements sur une année. Le but, c’est de recruter, de former, d’affiner ce projet, mais aussi de se remettre en question si quelque chose marche moins bien ou ne correspond plus aux attentes… Il ne s‘agit pas de créer de nouveaux conflits, mais plutôt de s’ajuster, de tester et de continuer à avancer. C’est tout un apprentissage de refonder ces solidarités entre personnes de la communauté LGBTQIA+. Ce n’est pas un hasard non plus si je mène ce projet aujourd’hui. On arrive dans un moment de plus en plus critique pour nos communautés, sur l’attaque de nos droits, sur l’attaque de nos populations. On le constate aux États-Unis ou en France et on commence aussi à le voir tout doucement en Belgique. On a encore la chance chez nous de ne pas voir apparaitre de collectif qui se revendique uniquement LGB, mais on perçoit tout de même des individus qui veulent avancer avec cette mentalité-là. La Belgique reste l’un des endroits où on est le plus soutenu structurellement parlant. Ce n’est pas pour rien que notre pays a été pendant longtemps à l’avant-plan sur ces questions-là. C’est une chance et il faut essayer de la préserver en restant unis.
As-tu déjà pu nouer des contacts avec certaines associations ou certains collectifs qui sont prêts à faire appel aux Carebears dans l’organisation de leurs événements ?
P. : Pendant la campagne Mr Bear Belgium 2026, j’ai créé de courtes vidéos qui mettaient en évidence des collectifs ou des associations engagées auprès des personnes LGBTQIA+. Via cette première prise de contact, j’ai pu avoir des échanges très intéressants avec plusieurs d’entre elles. Je pense par exemple à Transkids Belgium, qui organise des événements pour les enfants trans en Belgique et qui ont besoin justement d’aide logistique sur leurs événements. Il y a notamment cette idée de camp de vacances pour enfants trans qui revient souvent, mais iels n’ont pas forcément les moyens humains et matériels de le faire… Je pense aussi aux Rainbow Ambassadors, une association qui vient en aide aux personnes LGBTQIA+ en maison de retraite. J’ai aussi eu des échanges passionnants avec Let’s Talk About Non-Binary ou les personnes qui étaient derrière Intersex Belgium. Il y a toute sortes d’ échanges qui se créent auprès des populations LGBTQIA+ qui sont marginalisées. J’espère aussi que d’autres contacts viendront rejoindre la liste pour permettre ainsi au projet de prendre son envol. Cette campagne, elle est là aussi pour que les collectifs viennent vers nous et viennent nous proposer des possibilités de collaboration.
As-tu déjà réfléchi à un accessoire ou à un signe distinctif lié aux personnes qui constitueront les Carebears ?
P. : Pour moi, il me parait indispensable d’utiliser la couleur des carebears telle qu’elle est déjà utilisée dans les milieux féministes et queers depuis des années. C’est quelque chose de très représentatif au sein de la communauté LGBTQIA+. Puis il y a bien sûr le logo, qui fait le lien avec la communauté bear. Concernant le signe distinctif, je suis justement en train d’y réfléchir. J’imaginais un brassard, mais sans savoir si c’est vraiment le bon symbole à utiliser… Je ne voudrais pas qu’il renvoie au côté militaire, mais plutôt qu’il rappelle les premiers secours. C’est aussi une discussion que j’aimerais avoir avec les personnes qui rejoindront le projet. J’ai vraiment envie que cet aspect soit négocié collectivement. La couleur, je crois que je m’y accrocherai par contre (rires).
Tu nous as confié espérer pouvoir déployer les Carebears à partir du mois de mai 2026. Cela veut-il dire qu’on pourrait vous voir en action à la prochaine Pride ?
P. : Alors là, on est sur de l’exclu ! (rires). Symboliquement parlant, j’aimerais pouvoir être présent avec les Carebears à la prochaine Pride de la TransPédéGouines. La connaissance d’un système de carebears me vient des soirées que j’ai passées là-bas et lors desquelles j’ai vraiment pu prendre connaissance de l’importance de pratiquer celui-ci dans le cadre des événements festifs. Par contre, je n’ai pas envie de me mettre de pression. Si on n’est pas prêt à ce moment-là, j’ai aussi envie de prendre le temps nécessaire pour consolider celui-ci. Un petit rêve que j’ai dans un coin de ma tête, c’est de pouvoir avoir une présence récurrente à la rue Marché aux Charbons à Bruxelles, par exemple. C’est un endroit où on peut souvent être témoin de soucis de racisme, d’âgisme, de transphobie ou d’isolement… Cette présence pour assurer un cadre chouette, bienveillant et positif, à cet endroit-là précisément, aurait tout son sens. J’ai reçu aussi pas mal de sollicitations venant de l’étranger, de France, d’Allemagne ou des Pays-Bas. Je souhaite d’abord développer et ancrer le projet localement, avant de peut-être pousser les frontières et d’aller voir plus loin.
■ Propos recueillis par Marvin Desaive
Intéressé ? Pour rejoindre l’équipe des Carebears et ainsi participer aux échanges et aux discussions autour de ce projet, remplissez le formulaire de recrutement via le lien https://forms.gle/FTMw3LJW7QZXsPHq6
Carebears est une initiative proposée et gérée par Pavel, Mr Bear Belgium 2026, avec le soutien de Belgium Bear Pride. Si vous avez des questions, vous pouvez contacter Pavel directement via Instagram, Facebook ou par e-mail (TheCarebearInitiative@gmail.com) ou sur Instagram (@TheCarebear_Initiative). Plus d’informations: https://www.belgiumbearpride.be/project-mister-2026.




